mardi 21 mai 2013

RATATATATA !



- Attendez une seconde. Première scène. Johnnie le saxophoniste joue dans une péniche recyclée mi-club de jazz, mi-boxon. Scène deux. Notre musicien rentre chez lui et trouve sa copine Connie avec, juste sur la tempe, comme un petit coquelicot. Et il file direct, via un cargo-mixte, au « Tropicana », à La Havane où le régime du dictateur Batista vit ses dernières heures (mais ça, il le sait pas). Vous avez oublié quelque-chose entre les deux, rassurez-moi ?
- Que je vous explique. L’histoire commence le 11 novembre 1918. « Les canons se sont tus. Certains fêtent leur victoire tandis que d’autres rêvent déjà d’une revanche à venir. Comme le caporal Hans-Joaquim Stalh à qui il ne reste que le goût amer de quatre années de luttes inutiles... »
- Ah ! C’est le texte.
- Oui. « A quelque distance devisent trois natifs de Bâton Rouge... »
- Pourquoi Bâton Rouge ?
- Le nom me plaisait. Bref, ils viennent d’arriver sur le front et ils sont, quant à eux, assez déçus de ne pas avoir étrenné leur nouvelle mitrailleuse.
« Barney - dit l’un d’entre eux - puisqu’on te dit que c’est l’armistice... »
« Juste le temps d’essayer cette bécane, histoire qu’on rigole un brin ! »
RATATATATA ! (C'est le texte de l'image publiée)
- Je savais bien que vous aviez des préjugés au sujet des gens de Bâton-Rouge. Alors Barney, histoire de s’amuser, coupe en deux un soldat allemand et alors que l’armistice vient d’être signée.
- Voilà. « Visez ce que ce BOCHE trimballait sur lui (Barney ramasse un Lüger P08) Un flingue comme ça, c’est mieux que toutes les médailles du monde ! » Et il rapporte au pays son trophée de guerre. Ça lui portera pas chance...
- Vous aviez vraiment perdu l’esprit : un truc sur la guerre des tranchées, ça peut pas marcher !

Textes extraits de Lüger et Paix: Nolane / Claeys

La Havane, « la ville où l’on ne dort jamais »...



- Je vois : l’histoire de Johnnie le saxophoniste se termine sur une dernière complaisance de votre part : le dessin de vieux rafiots à l’étrave droite et de vieux coucous, de préférence amphibies.
- Qui, ni les uns, ni les autres, n’ont les faveurs du public ?
- En tous cas très peu. Où la fuite de ce personnage se termine-t-elle ?
- A l’origine, c’était dans la presqu’île du Yucatan. Mais, vous vous en souvenez peut-être, de vicissitudes en changements de propriétaires (Les Humanos finirent en les mains d’un consortium suisse), l'album ne fut jamais achevé... Et donc Johnnie se retrouve à Cuba, plus précisément du côté de La Havane, « la ville où l’on ne dort jamais ». Là, il est engagé pour jouer au « TROPICANA »...
- Le célèbre casino dont les artistes disaient : « Rien ne pouvait rivaliser avec le sueño qu’était le Tropicana. Le Tropicana, c’était le sommet. Premier danseur ou simple choriste, vous aviez le sentiment d’appartenir à la famille royale... »
- Exactement. Au « TROPICANA », Johnnie est au PARADIS et il pense que c’est pour la vie...
- Nous sommes FIN octobre 1958...

Un p'tit coqu'licot



- Johnnie le saxophoniste rentre donc chez lui après une nuit où toutes les activités artistiques ont pu s’exprimer. En particulier...
- N’insistez pas, chacun aura compris. Et faites en sorte qu’il évite de penser, chemin faisant, au Kapellmeister de Leipzig. En particulier à cette « FUGUE où le nom de BACH est utilisé en contre-sujet et sur laquelle est mort le compositeur ».
- Parce que Bach, lui non plus, n'intéresse personne ?
- Une toute petite chapelle. Laquelle n’est pas prête, de toutes manières, à des fantaisies où l’on mêle l’Art de la Fugue et l’Art de la Turlutte !... Tiens, mais voici la copine de Johnnie: Connie, celle qui fait dire aux hommes « OUPS ! »
- Ou « GASP ! », ça dépend desquels.
- L’image DEUX me fait songer à cette chanson :
« Mais, sur le corsag' blanc,
Juste à la plac' du cœur,
Y avait trois goutt's de sang
Qui faisaient comm' un' fleur :
Comm' un p'tit coqu'licot, mon âme !
Un tout p'tit coqu'licot.
- Sauf que dans cette histoire, le petit coquelicot se trouvait plutôt sur la tempe… « Le climat devenait carrément mortifère : il était temps de changer d’air ! » pense Johnnie.
- Et il prend le premier train, Gare Saint Lazare... Vous aimez dessiner les machines à vapeurs, n’est-ce pas ?
- Oui, beaucoup... Oooh ! Les locomotives ont, elles aussi, un très faible lectorat ?
- Juste quelques très vieux cheminots qu’ont connu l’époque héroïque de la PACIFIC 231. Mais ils préfèrent la lecture de « La Vie du Rail » »...

samedi 18 mai 2013

Une soirée mi-jazz, mi-boxon.



- NON !
- SI ! Johnnie le Saxophoniste, un nom facile à retenir, perçoit en nature une partie du cachet que lui vaut sa prestation musicale dans une soirée mi-jazz, mi-boxon. Admirez, au passage, ma science de l’anatomie et comme ce dos est magnifiquement sculpté. Du Michel-Ange !
- Passons.
- Comme nous passons sur la longue scène de luxure qui suivait. D’ailleurs, pour la réédition, je l’ai supprimée. Mea Culpa, mea maxima culpa et tutti quanti... C’est ma seule faute et, quand ce pauvre Nolane ouvrit le livre, il fut proprement scandalisé : « M’enfin ! - s’était-il exclamé - Ce n’était pas dans le script ! Attends que l’éditeur (qui ne lisait pas les livres qu’il publiait. Un éditeur, quoi !) découvre cette funeste et sournoise initiative de ta part... Ah ! Je vois soudain l’horizon se couvrir de noirs nuages. Peut-être même l’exil se profiler...»
Une prédiction si juste que la semaine suivante l’ouvrage était dans les bacs de soldes et que lui-même déménageait pour le Québec…
- Vous inventez.
- Non, j’arrange simplement les faits. « C’est l’esprit vide mais les poches pleines que je sortis dans l’air du petit matin… » : ce sera le texte, image deux.

Savannah Babe



Le texte : « Savannah Babe, c’était aussi et surtout le nom d’une « FLYING FORTRESS » que j’avais pilotée au-dessus de l’Allemagne nazie...
Seize tonnes d’acier riveté, le tout hérissé de treize mitrailleuses BROWNING de 12,7...
Le B17 était un ami solide aux commandes duquel chaque pilote se sentait capable d’aller en ENFER... Et, mieux, d’en revenir !
- Aie ! - qu’elle fit - Si plus personne, en dehors de quelques vieux SCHNOCKS dans votre genre, ne s'intéresse au JAZZ BE-BOP et à Charlie Parker, il y a encore moins d’amateurs de bombardiers lourds !
- Vous pensez que j’ai accumulé les sujets voués à l’indifférence ?
- Pardi ! Vous aviez cependant des excuses : la perte, par ALBIN MICHEL, de tout l’album « L’Été Noir » et avant même sa photogravure, vous avait plongé dans une mélancolie encore plus NOIRE que nature ! C’est dans cet état que vous vous êtes lancé dans un projet littéralement insensé. Vous aviez construit toutes sortes de maquettes au 1/32ème, de Flying Fortress, de Messersmith 262, de chars TIGRE ou SHERMAN, acheté un saxophone ténor et une trompette, écumé les anciennes casses militaires, fréquenté les salons d'armes anciennes. La bibliothèque se remplissait d’ouvrages sur le Syndicat du Crime aux USA, le « McCarthisme », la Guerre Froide, le JAZZ WEST-COAST, le raid sur Dresde, les faits étranges collectés par Charles Fort ou plus fada encore, les histoires de VIKINGS et les légendes nordiques…
- Bon, je saute le passage du RAID sur DRESDE.
- Et nous en arrivons à... NON !

Johnnie le Saxophoniste



- Et si nous en revenions à notre histoire ?
- Celle de Johnnie le Saxophoniste ?
- Ah ? Il s’appelle Johnnie ?
- Un nom pratique et facile à retenir. Comme « Joë le Taxi »...
- OK. Mais, bien que je comprenne votre désir de ne pas infliger au lecteur trop de mots, il faudrait le dire.
- Que je suis devenu sobre ?
- Non : que votre personnage principal s’appelle Johnnie !
- Je note. « J’enchaînai sur une composition personnelle : Savannah Babe, un morceau BE-BOP à la manière de Charlie Parker... » C’est le texte de l’image TROIS.
- BE-BOP et Charlie Parker : vous craignez pas que cela fasse beaucoup de noms pour les petites cellules grises du lecteur ?
- Je peux très bien ne rien écrire : faudrait savoir ce que vous voulez !
- D’ac.
- « Au début de ma carrière, le Ténor était l’instrument-roi puis Parker mit l’alto à la mode et tout le monde dut sonner comme lui pour trouver du travail... »
- Image QUATRE, donc. Un peu pour JAZZEUX, votre truc. Mais bon.... Au fait.
- Oui ?
- Images UN et DEUX : ce sont mes fesses que vous avez représentées et non celles de votre modèle.
- Cela n'intéresse personne.
- Si, à commencer par moi !

jeudi 16 mai 2013

« La Libraire Nymphomane »



- Remarquez : c’est une bonne nouvelle pour l’écologie.
- Quoi donc ?
- Que les hommes soient si simples que leur mode d’emploi tienne sur le dos d’un ticket de métropolitain.
- Et que leurs rêves soient faits de l’étoffe de l’imperméable sous lequel les jeunes femmes sont toutes nues ?
- Ou de l’étoffe de la blouse des infirmières qui prônent le même dédain pour les sous-vêtements. Ah, ça, vous n’en avez raté aucune.
- Si, hélas. Je viens de voir sur le « MUR » d’un ami la reproduction d’une jaquette américaine. « La Libraire Nymphomane », ça s’appelle (1).
- Ah, je vois : celle-ci renverse le chaland qui voulait simplement acheter les œuvres complètes de Saint Augustin.
- Et elle l’enfourche fougueusement.
- Vous déplorez bien sûr que personne ne ait jamais demandé d’illustrer cette forme de harcèlement ? Oh ! Elle est devenu blonde, votre copine la strip-teaseuse ?
- Absolument : d’une image à l’autre.
- Déjà que vous avez des problèmes de narration, si vos modèles changent aussi radicalement de couleur de cheveux d’une séance à une autre...
- Un vrai cauchemar !